17 mai 2016

Les Kakis de Mou-k’i ou une vie silencieuse



En contemplant les Kakis de Mou-k’i (1180-1250) nous mesurons l’étrange voyage de plusieurs siècles que ce rouleau chinois a dû poursuivre pour nous rejoindre dans la profondeur de son mystère. Mystère de ce personnage dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu’il a peint au moment de la dynastie Tch’an au XIIème siècle, en dehors des Académies et de la Cour (moine retiré dans un Temple) et ses Kakis sont un exemple unique dans la peinture chinoise.

Le sujet n’est rien sinon quelques Kakis en lévitation dans l’espace, formes cernées d’un trait rigoureux mais non dénué de spontanéité, quatre de couleur noire et deux de couleur blanche, le jeu du vide et du plein dans un espace illimité…
En somme une œuvre austère presque ascétique si nous n’étions conquis par une impression de légèreté et de fraîcheur… créée par une illumination subite et une impulsion gestuelle venue du plus profond de sa méditation.
Impression de plénitude à laquelle le spectateur ne peut échapper…
Ce monochrome à l’encre noire est peint en traits sûrs, visant à l’essentiel :
Un lyrisme épuré qui nous touche profondément.




Les peintres impressionnistes ne s’y sont pas trompés notamment le peintre Edouard Manet dans ses merveilleuses natures mortes !
Mais quel besoin de silence et d’une vraie simplicité de vie pour atteindre une telle vérité du regard !

Aujourd’hui la poésie requiert le même silence intérieur et ses dispositions d’intimité avec soi et la nature dans toutes ses métamorphoses ne sont guère prisées.

« … et nous cherchons les empreintes des mots
       sur la cassure fraîche du silence… »

A ce propos Marie Noël écrivait déjà au XXème siècle :

 « Donne de quoi chanter à moi, pauvre poète,
   pour les gens pressés qui vont, viennent et vont,
   et qui n’ont pas le temps d’entrer dans leur tête
   les airs que la vie et la mort y font…
   Rien, pas même de quoi remplir un dé à coudre…
   Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît. »

Ecouter librement sa musique intérieure et la transmettre en toute vérité telle est la mission des artistes, des poètes et ils ont été nombreux à nous précéder.

M.S



Pierre Sentenac: "hommage à Mou-k'i"
Technique mixte encres & acryliques/ papier Avril 1988




Oeuvre en référence:

L'oeuvre reproduite ci-dessus fait partie (d'une série d'oeuvres réalisées en 1988)

celle-ci peut-être acquise en contactant l'adresse mail:

pierresentenac@orange.fr